Les 10 stations les plus bizarres du métro de Paris
Un sous-marin en cuivre, un texte de 1789 carrelé et une station qui s'appelait Berlin : dix stations à regarder vraiment.
La plupart des 321 stations du métro parisien se ressemblent : carrelage blanc, sièges verts, un plan de quartier qu'on ne regarde jamais. Une dizaine s'en sont volontairement échappées, avec un décor, un nom ou une configuration qui n'ont rien à voir avec le reste du réseau.
Voici dix stations à repérer la prochaine fois que vous les traversez, plutôt que de foncer vers la sortie. Pour situer chacune sur le réseau, la carte des lignes reste la référence, et le jeu du jour vous fera peut-être tomber sur l'une d'elles.
1. Arts et Métiers, le sous-marin en cuivre
Sur la ligne 11, le quai d'Arts et Métiers n'a pas de carrelage : il est recouvert depuis octobre 1994 de huit cents plaques de cuivre rivetées, percées de hublots qui donnent sur des reproductions d'instruments scientifiques. L'ensemble a été conçu par le dessinateur belge François Schuiten et le scénariste Benoît Peeters, connus pour la bande dessinée « Les Cités obscures ».
L'idée était de faire entrer les voyageurs dans une machine, quelque chose entre le Nautilus de Jules Verne et l'intérieur d'un rouage. Le décor célébrait le bicentenaire du Conservatoire national des arts et métiers, situé juste au-dessus.
2. Concorde, la station qui récite la Déclaration des droits de l'homme
Sur le quai de la ligne 12, chaque carreau blanc porte une lettre bleue. Mises côte à côte, elles reconstituent, sans espaces et avec la ponctuation regroupée en fin d'article, le texte intégral de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. L'œuvre, installée en 1991, est signée Françoise Schein.
Il faut s'arrêter et suivre les lettres une par une pour comprendre ce qu'on lit, ce qui n'est pas franchement compatible avec un quai bondé à l'heure de pointe. Schein a réutilisé le même principe à Bruxelles, Lisbonne et Berlin.
3. Liège, la station qui s'appelait Berlin
Ouverte le 26 février 1911 sous le nom de « Berlin », la station de la ligne 13 est fermée à la déclaration de guerre en août 1914 et rouverte quatre mois plus tard sous le nom de « Liège », pour saluer la résistance de la ville belge face à l'invasion allemande.
La rue d'Amsterdam étant trop étroite pour un tunnel classique, les deux quais sont décalés l'un par rapport à l'autre : c'est l'une des deux seules stations du réseau construites ainsi. En 1982, dix-huit fresques en céramique venues de Welkenraedt, en Belgique, sont posées sur les deux quais, représentant Huy, le circuit de Spa-Francorchamps et d'autres paysages de la province de Liège.
4. Cluny - La Sorbonne, un ciel étoilé de signatures
Rouverte le 17 février 1988 après un demi-siècle de fermeture, la station de la ligne 10 a reçu une voûte bleu nuit couverte d'étoiles en mosaïque, sur laquelle sont inscrites les signatures d'artistes et d'écrivains liés au Quartier latin, de Molière à Cocteau.
Le résultat ressemble moins à un couloir de métro qu'à un plafond de planétarium, ce qui n'est pas un hasard pour une station qui dessert la Sorbonne.
5. Varenne, la station qui expose Rodin
Sur le quai de la ligne 13 en direction de Châtillon - Montrouge, deux reproductions grandeur réelle de sculptures d'Auguste Rodin, « Le Penseur » et le « Monument à Balzac », trônent entre les voies. La station se trouve à deux pas du musée Rodin, installé dans l'hôtel de Biron.
Ce sont, avec les répliques du Louvre à Louvre - Rivoli, les seules vraies sculptures qu'on croise sans quitter le quai dans tout le réseau.
6. Bastille, les fresques de la Révolution
Sur un quai de la station, à la jonction des lignes 1, 5 et 8, une fresque de céramique déroule des scènes de la prise de la Bastille et de la Révolution française. Elle a été installée en 1989 pour le bicentenaire, sur le mur qui suit la courbe des voies, juste sous les vestiges visibles d'une arche du mur d'enceinte de la forteresse.
Peu de voyageurs s'arrêtent pour la lire en entier, ce qui est dommage : c'est l'une des rares stations du réseau à raconter frontalement l'événement qui lui donne son nom.
7. Louvre - Rivoli, la station musée
Depuis un réaménagement de 1968, le quai de la ligne 1 présente, dans des niches éclairées, des moulages d'œuvres du Louvre voisin : une Vénus de Milo, une Victoire de Samothrace, des bustes égyptiens. Les murs eux-mêmes imitent la pierre ocre des salles du musée plutôt que le carrelage blanc habituel.
C'était l'une des toutes premières tentatives de la RATP de faire d'une station un argument touristique en soi, avant même que le tourisme urbain ne devienne un sujet.
8. Palais Royal - Musée du Louvre, les coupoles de perles de Murano
En surface, place Colette, la sortie n°5 de la station des lignes 1 et 7 est couverte par le « Kiosque des Noctambules », deux coupoles en perles de verre de Murano montées sur une structure en aluminium, une pour le jour et une pour la nuit. L'artiste Jean-Michel Othoniel l'a installé en octobre 2000 pour le centenaire du métro, et l'objet a fait grincer des dents dans ce cadre très classique.
Sous terre, la station abrite une autre curiosité : une fresque huichole mexicaine composée de deux millions de perles de verre de deux millimètres, réalisée par le chaman Santos de la Torre dans le cadre d'un échange entre les métros de Paris et de Mexico.
9. Mouton-Duvernet, le nom le plus mal assorti du réseau
Sur la ligne 4, le nom sonne comme un hameau normand. Il honore en réalité le général Régis Barthélemy Mouton-Duvernet, fusillé en 1816 pour avoir rejoint Napoléon pendant les Cent-Jours. Rien à voir avec des moutons ni un pâturage, seulement l'homonymie d'un nom de famille.
Le métro parisien est plein de noms de généraux et de maréchaux, mais peu produisent un contresens aussi involontairement bucolique.
10. Église d'Auteuil, la station qui ne va que dans un sens
Terminus d'une courte antenne de la ligne 10, Église d'Auteuil n'est desservie que par les rames venant de Boulevard Victor : impossible d'y monter pour repartir vers le centre de Paris sans redescendre à la station précédente. Cette configuration en fait, avec un peu plus de 124 000 voyageurs par an d'après nos données, la station la moins fréquentée du réseau.
C'est une des rares stations parisiennes qu'on ne peut pas vraiment « prendre » dans les deux sens, un fonctionnement plus proche d'un tram de banlieue que d'un métro.
Pour prolonger la visite : dix choses à savoir sur le réseau et les stations fantômes de Paris, pour celles que vous ne verrez jamais depuis un quai.
Questions fréquentes
Quelle est la station de métro la plus décorée de Paris ?
Arts et Métiers, sur la ligne 11, avec son quai entièrement recouvert de plaques de cuivre façon Nautilus depuis 1994, fait référence en la matière.
Pourquoi la station Liège s'appelait-elle Berlin ?
Elle a ouvert sous ce nom en 1911, avant d'être rebaptisée en 1914 pour honorer la résistance de la ville belge de Liège face à l'invasion allemande.
Peut-on visiter les stations décorées sans faire tout le trajet ?
Oui, la plupart sont en accès libre côté quai avec un ticket simple. Vérifiez seulement que la station n'est desservie que dans un sens, comme Église d'Auteuil.
Y a-t-il de vraies œuvres d'art dans le métro parisien ?
Ce sont presque toujours des reproductions, comme les moulages du Louvre à Louvre - Rivoli ou les sculptures de Rodin à Varenne. Les coupoles de Murano de Palais Royal sont en revanche des œuvres originales installées in situ.